Écrit par Mathieu Giroux
Si Coralie Fargeat a su utiliser les codes du « body horror » avec brio pour représenter l’hypersexualisation de la femme dans The Substance, l’hypermasculinité était la prochaine étape évidente. Ce fut au tour de Justin Tipping de se frotter à un tel défi avec Him. Malheureusement, le talent n’a pas suivi l’audace.
La gloire, à tout prix
Enfant, Cameron (Tyriq Withers) observait avec admiration devant la télévision son idole sportive Isaiah White (Marlon Wayans), le plus grand joueur de football américain. Aujourd’hui, c’est à son tour de devenir la prochaine vedette sportive, mais ce à un prix qu’il ne découvrira qu’une fois au camp d’entraînement, là où son idole de jeunesse lui montra les pas à suivre pour atteindre la gloire.

La domination des images
La comparaison avec The Substance n’est pas anodine, elle est patente. Tout comme le comparant, chaque plan de Him est réfléchi avec minutie (et aucune subtilité) pour incarner l’absurdité des critères imposés par notre société où l’image et le succès sont les seuls dominants. La différence est que, dans le premier cas, les images sont au service du film, et qu’ici, c’est l’inverse : le film ne sert qu’à projeter des images.
Évidemment, il faut rendre à César ce qui est à César ; l’esthétique est réussie en tout point. La photographie est d’une créativité grotesque mémorable, le décor mélange sport, opulence et enfer, et la représentation de la violence choque par sa brutalité. Malheureusement, chaque image ajoutée ne fait que diminuer l’effet de la dernière. L’abondance tient pour le plus souvent la main du vide.

Perdu dans sa folie
Outre le visuel, qu’y a-t-il ? Un scénario en pleine crise d’épilepsie. Tout va bien durant la première moitié. Scène par scène, le film bâtit une histoire aux fondations intrigantes promettant une tournure saisissante. Ladite tournure arrive, et elle est en effet saisissante, mais pas pour les raisons attendues.
Cauchemars, sexe, argent, violence et parfois football ; le tout devient un immense tourbillon où bon goût et bon sens se font aspirer dans les profondeurs où repose tout espoir de compréhension. Le film nous amène dans tout plein de directions à un rythme effréné, mais au lieu de nous captiver, il nous étourdit.
Là où The Substance nous laissait sans mots, Him nous laisse sans pensées. Là où The Substance était l’œuvre d’une artisane du cinéma en pleine maîtrise de son art, Him est l’œuvre d’un artisan du cinéma emporté par sa folie. Les deux sont talentueux, mais, comme au football, il n’y a qu’un seul vainqueur à la fin d’un duel.

